The Man and the Stone by Victor Hugo Riego

Man and Stone.

Armen Agop's sculptures repose in a secretly precarious stillness. These seemingly anchored forms consent
to movement when pressed to it by our hands. Later, they inexorably return to their original position. As a
result of their curved shapes, these black granite metronomes gradually slow and stop in a subtle dialogue
between light and shade.
To the creative work on the variety of abstract shapes and the assured manner in which these occupy their
position in space, the artist adds a variety of sharp, pointy or linear details. These elements, combined with
the curves, rhythm the gravity of the granite. A dance, sometimes giddy, unfolds on the sleek surface of these
sculptures. A curious weightlessness transfigures the stone.
Paul Valery, in an excerpt from his poem «Orpheus», (Album of antiques verses), speaks to us of the
metamorphosis of stones during a volcanic eruption:

Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée!
Le roc marche, et trébuche; et chaque pierre fée
Se sent un poids nouveau qui vers l'azur délire!

On the deep black granite surface, smooth and polished, light draws bits of uncertainty within the shades.
Increased attention is called for and the viewer's acuity focuses to avoid losing itself while following the
undulating surfaces of these luminous waves. In half-light, the sculpture reveals, in depth, its shape and the
space it occupies.
A line interrupts the space held within the stone and testifies of the existence (yet again following an idea of
Paul Valery), of a «secret architecture». These sculptures resemble solid fruit born from an earthly thought.
Their slight differences reveal different stages of an evolving process. Thought contaminates the form and
reveals itself through it.
As an artist endlessly interrogating the same purpose, Agop explores granite and continuously asks it to yield
its secrets, time and time again using his perception to explore the matter's limits. Through his profound
knowledge of the stone, the artist's work feeds a delicate dialogue that marks his sculptures.
The geometry of each artwork leads our vision away from its center towards the edges, where the surface
suddenly becomes more abrupt, then breaks. In these stones, which contain a closed horizon, the artist
allows the matter to express its density and its strength through strong sensuality. The desire within the
form exceeds it and emerges on the surface, with a slightly ironic and refined eroticism.
These earthly meteorites do not forecast any disaster or nightmare; they rather shelter an unknown purpose
where vibrates a closed and magnetic prospect. They announce the rise of a new era of fascination for beauty,
perhaps as Beaudelaire had already forecast in his poem titled «La Beauté», where beauty says to us...

Je suis belle, ô mortels ! Comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Armen Agop's sculptures confirm a strong bond between man and stone for both are born from a sublime
fire that yet consumes them.


Victor Hugo Riego, October 2010 (Translated by MJ Lukoff)

 

---------- French version ------------

L'homme et la pierre.


Les sculptures d'Armen Agop reposent au sol dans une immobilité secrètement précaire. Ces pièces stables consentent à se mettre en mouvement si nos mains les y invitent. Après elles retournent immanquablement à leur position d'origine. En raison de la courbure de leurs formes, ces métronomes de granit noir s'immobilisent, graduellement, dans un jeu subtil d'ombres et de lumières.

Aux différentes formes et à la manière assurée dont celles-ci prennent position dans l'espace, le sculpteur ajoute une variété de cônes, de pointes et de lignes. Ces éléments, se combinant aux courbes, rythment la pesanteur du granit. Une danse qui touche le vertige se déploie sur la surface lisse des sculptures. Une apesanteur métamorphose la pierre.

Paul Valéry, dans cet extrait de son poème «Orphée», de l'Album de vers anciens, nous parle de la transformation des pierres lors d'une éruption volcanique:

Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée!
Le roc marche, et trébuche; et chaque pierre fée
Se sent un poids nouveau qui vers l'azur délire!

Sur le noir profond du granit, lisse et poli, la lumière dessine dans les ombres des parts d'incertitudes. L'acuité du spectateur redouble d'attention pour ne pas s'égarer et suivre l'ondulation à la surface de vagues lumineuses. La pénombre révèle, en creux, le plan, la forme et l'espace.

La ligne ponctue l'espace contenu dans la pierre et vient témoigner de l'existence d'une «secrète architecture», en suivant une idée de Paul Valéry. Ces sculptures sont comme des fruits nouveaux qu'engendre une pensée de la chair du monde. Leurs différences mettent à nu divers stades d'un processus de maturation. La pensée contamine les formes.

Comme un artiste qui interroge sans fin le même motif, Armen Agop explore le granit et lui demande, sans cesse, de lui livrer son secret. Cela n'est possible qu'à la condition de se servir d'une perception qui ne cesse d'interroger les limites de la matière. Son travail nourrit une intimité singulière grâce à une fréquentation assidue de la pierre, d'où il tire un dialogue d'une profonde délicatesse.

La géométrie des sculptures décentre notre vision et nous entraine à la périphérie d'une surface que termine un bord abrupt. Dans ces pierres, où siège un horizon clos, l'artiste laisse à la matière la possibilité de manifester, à travers sa densité et sa force, une vive sensualité. Le désir contenu excède les formes ou pointe à la surface, avec un érotisme raffiné, où souffle une douce ironie qui la plie.

Ces météorites terrestres n'augurent d'aucun désastre, d'aucun cauchemar, ils abritent plutôt un dessein inconnu où palpite un avenir proche et radieux. Ils témoignent du choc de l'apparition d'une nouvelle ère de fascination de la beauté, peut-être comme Baudelaire nous l'avait déjà annoncé, dans son poème intitulé «La Beauté» où elle nous dit:

Je suis belle, ô mortels ! Comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.


Les sculptures d'Armen Agop attestent d'un lien indéfectible entre l'homme et la pierre puisque tous les deux proviennent d'un feu céleste qui les brûle encore.


Victor Hugo Riego